• Quand on a adoré les sept premiers romans de cet auteur, on ne peut que continuer avec le huitième... J'aime tellement le style Thilliez que j'achète ses livres sans lire la quatrième de couverture et pour cet ouvrage, j'ai bien fait car une surprise fantastique s'y glisse : les héros de ses précédents romans vont se rencontrer dans cette histoire !!!!! Oui !!!!!!!

     

    Le syndrôme E de Franck ThilliezQuatrième de couverture : Un film mystérieux et malsain qui rend aveugle... Voilà de quoi gâcher les vacances de Lucie Hennebelle, lieutenant de police à Lille.

    Cinq cadavres retrouvés atrocement mutilés... Il n'en fallait pas plus à la Criminelle pour rappeler le commissaire Franck Sharko, en congé forcé.

    Deux pistes pour une seule et même affaire qui va réunir Hennebelle et Shako.

    Des bidonvilles du Caire aux orphelinats du Canada, les deux nouveaux coéquipiers vont mettre le doigt sur un mal inconnu, d'une réalité effrayante et qui révèle que nous pourrions tous commettre le pire. Ceux qui ne connaissent pas le syndrome [E] ne savent pas de quoi ils sont capables...

     

     

    Une rencontre entre ces deux policiers, ça se fête ! Et il faudra le prendre de ce côté là car croyez-moi sur parole, ce roman est noir, et la seule note positive c'est bien cette rencontre.

     

    Thilliez a pour habitude de nous retourner les tripes par l'atrocité des meurtres qu'il décrit toujours avec brio. Ici, on passe à un niveau supérieur.

    En effet, il y a cette vidéo absolument horrible qui ouvre le roman et qui aveugle un personnage secondaire. Peut-on soi-même se provoquer une cécité quand les images qui arrivent dans notre globe oculaire sont juste insoutenables ? Y a-t-il quelque chose dans notre cerveau qui enclenche ce système de protection pour extirper notre esprit de tant d'horreurs ? Que se passe-t-il quand notre seuil de tolérance est dépassé ?

    Cette vidéo décrite à maintes reprises dans le livre est anxiogène à souhait. Le film Ring peut juste aller se rhabiller, c'est de la gnognotte à côté.

    Le lieutenant Lucie Hennebelle ne peut qu'être choquée par ces images qui mettent en scène des petites filles. Mère de jumelles, elle restera abasourdie par tant de violence. Son incompréhension, son amour maternel vont la booster pour déterminer qui sont les acteurs sur ces films, mais surtout qui tient la caméra et met en scène de telles abominations.

     

    En parallèle, Sharko est au plus mal. Le cauchemar qu'il a vécu dans le roman Deuils de miel l'a complètement esquinté dans sa chair et son esprit. Les médicaments ne suffisent pas à soigner ce désespoir qui le ronge et l'emmène dans la folie chaque jour un peu plus. Pourtant, devant les horreurs déterrées, on fait quand même appel à lui et le vieux brisquard répond à l'appel. Un charnier qui va en rappeler d'autres, une violence qui se répète depuis plusieurs années, des contextes inexpliquées, des assassins surprenants, des victimes à la pelle.... Sharko ne reprend pas ses fonctions avec une affaire simple et ce ne sont pas les horreurs qu'il va voir qui faciliteront son retour sur le terrain.

     

    Mais tout vient à point à qui sait attendre...

    Parfois le destin fait bien les choses...

    Et quand les pistes se croisent, des rencontres se font...

    Et à deux, on réfléchit mieux, on est plus efficaces, on se motive et entre flics, on se comprend.

    Voilà, je n'en dirai pas plus, vous n'avez plus qu'à lire ce roman, enfin si vous en avez le courage...

     

    Extrait : S'il y avait eu une grande cave à proximité, Lucie se serait réfugiée dans le recoin le plus obscur, les genoux ramenés sur sa poitrine, à réfléchir, réfléchir, réfléchir. Elle aurait tenté de donner un visage à l'assassin, de l'"incarner derrière une silhouette. Elle aimait sentir le tueur qu'elle traquait, renifler l'odeur qu'il abandonnait dans son sillage. Et elle était plutôt bonne à ce jeu-là, Kashmareck pouvait en témoigner. Beckers aurait certainement vu dans son cerveau, avec ses scanners, une zone qui ne devait s'allumer chez aucune autre personne confrontée à une scène violente : celle du plaisir et de la récompense. Non qu'elle éprouvât du plaisir ; elle avait plutôt envie de gerber à chaque nouvelle enquête. Vomir jusqu'à) la mort devant les horreurs que les humains étaient capables d'accomplir. Mais un hameçon invisible la ferrait à chaque fois. Un crochet qui arrachait la gorge et détruisait l'intérieur, sans qu'on puisse s'en défaire.

    Ce coup-ci, ce n'était pas une petite canne à pêche pour truites qui l'avait titillée.

    Non la ligne était montée bien plus gros.

    Idéale pour la chasse aux requins. 


    votre commentaire
  • Je vous invite à plonger dans la beauté de la langue d'un autre temps... Une jolie déclaration qui ne vous laissera pas de marbre...

     

    Dessein de quitter une dame qui ne le contentait que de promesse 

     

    Beauté, mon beau souci, de qui l'âme incertaine

    A, comme l'Océan, son flux et son reflux,

    Pensez de vous résoudre à soulager ma peine

    Ou je me vais résoudre à ne la souffrir plus.

     

    Vos yeux ont des appas que j'aime et que je prise.

    Et qui peuvent beaucoup dessus ma liberté ;

    Mais pour me retenir, s'ils font cas de ma prise,

    Il leur faut de l'Amour autant que de beauté.

     

    Quand je pense être au point que cela s'accomplisse,

    Quelque excuse toujours en empêche l'effet :

    C'est la toile sans fin de la femme d'Ulysse

    Dont l'ouvrage du soir au matin se défait.

     

    Madame, avisez-y, vous perdez votre gloire

    De me l'avoir promis et vous rire de moi.

    S'il ne vous en souvient, vous manquez de mémoire,

    Et s'il vous en souvient, vous n'avez point de foi.

     

    J'avais toujours fait compte, aimant chose si haute,

    De ne m'en séparer qu'avec le trépas ;

    S'il arrive autrement, ce sera votre faute

    De faire des serments et ne les tenir pas.

     

    François de Malherbe, Oeuvres poétiques, 1630


    votre commentaire
  • Je tiens à remercier chaleureusement Marie-France, mon amie, de m'avoir prêté ce livre. Elle me confiait qu'il lui avait fait du bien à un moment de sa vie, je comprends pourquoi.

     

    Et si c'était vrai de Marc LévyQuatrième de couverture : Que penser d'une femme qui choisit le placard de votre salle de bains pour y passer ses journées ? Qui s'étonne que vous puissiez la voir ? Qui disparaît et reparaît à sa guise et qui prétend être plongée dans un profond coma à l'autre bout de la ville. Faut-il lui faire consulter un psychiatre ? En consulter soi-même ? Ou, tout au contraire, se laisser emporter par une extravagante aventure ?

    Et si c'était vrai ?

    S'il était vrai qu'Arthur soit le seul homme qui puisse partager le secret de Lauren, contempler celle que personne ne voit, parler à celle que personne n'entend ?

     

    Etrange histoire que celle racontée dans ce roman. Moi qui suis une adepte des thrillers, des policiers, je ne me serais pas laisser tenter par ce livre mais je ne regrette à aucun moment de l'avoir lu.

    Il est difficile de classer ce roman dans une catégorie. C'est à la fois une histoire d'amour, une comédie, une enquête. On y trouve de la poésie aussi, une certaine philosophie de vie, le dialogue choisi en extrait ci-dessous le prouve.

     

    Ce qui arrive aux personnages est inimaginable et pourtant on aimerait des fois que cela se produise. Lauren vit un cauchemar éveillé, elle déambule dans un monde qui ne la perçoit pas, elle est emmurée sans échappatoire. Heureusement pour elle, son errance va la conduire à Arthur qui lui sera d'un soutien inestimable. Certes leur première rencontre est d'une folie manifeste, mais peu à peu le lien qui va les unir sera de toute beauté et on ne pourra que se laisser emporter par tant d'empathie, de compréhension, d'échanges, de tendresse et de passion. Oui les belles histoires mettent encore du baume au coeur et j'en avais bien besoin.

     

    Jusqu'où peut-on aller pour venir en aide à quelqu'un ?

    Quelles limites nous fixerons-nous ?

    Quels chemins tortueux serons-nous prêts à emprunter pour sauver une inconnue, une amie ? Arthur se montrera d'une ingéniosité débordante, il sera un preux chevalier comme on en a tous besoin finalement.

     

    Une lecture apaisante, réconfortante, douce, tendre et agréable. Je vous conseille ce livre vivement.

     

    Extrait :

    - Regarde bien tout ce qu'il y a autour de nous : de l'eau en colère, de la terre qui s'en moque, des montagnes dominantes, des arbres, de la lumière qui joue à chaque minute de la journée à changer d'intensité et de couleur, des oiseaux qui voltigent au-dessus de nos têtes, des poissons qui essaient de ne pas être la proie des mouettes tout en chassant d'autres poissons. Il y a toute cette harmonie de bruits, celui des vagues, celui du vent, celui du sable ; et puis au milieu de ce concert incroyable de vie et de matière, il y a toi, moi et tous les êtres humains qui nous entourent. Combien d'entre eux verront tout ce que je viens de te décrire ? Combien réalisent chaque matin le privilège de se réveiller et de voir, de sentir, de toucher, d'entendre, de ressentir ? Combien d'entre nous sont-ils capables d'oublier un instant leurs tracas pour s'émerveiller de ce spectacle inouï ? il faut croire que la plus grande inconscience de l'homme, c'est celle de sa propre vie. Toi, tu prends conscience de tout cela, parce que tu es en danger et cela fait de toi un être unique, par ce dont tu as besoin pour vivre : les autres, parce que tu n'as plus le choix. Alors pour répondre à la question que tu ne cesse de me poser depuis tant de jours, si je ne prends pas de risques, toute cette beauté, toute cette énergie, toute cette matière en vie te deviendrait définitivement inaccessible. C'est pour cela que je fais cela, réussir à te ramener au monde donne un sens à ma vie. Combien de fois ma vie m'offrira-t-elle de faire une chose essentielle ?


    votre commentaire
  • Les poèmes relatifs à l'automne étant achevés, passons maintenant à l'hiver...

    Pour réchauffer nos coeurs, rien de mieux pour ouvrir le bal qu'un je t'aime...

     

    Je t'aime 

     

    Je t'aime pour toutes les femmes que je n'ai pas connues

    Je t'aime pour tous les temps où je n'ai pas vécu

    Pour l'odeur du grand large et l'odeur du pain chaud

    Pour la neige qui fond pour les premières fleurs

    Pour les animaux purs que l'homme n'effraie pas

    Je t'aime pour aimer.

    Je t'aime pour toutes les femmes que je n'aime pas

     

    Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu

    Sans toi je ne vois rien qu'une étendue déserte

    Entre autrefois et aujourd'hui

    Il y a eu toutes ces morts que j'ai franchies sur de la paille

    Je n'ai pas pu percer le mur de mon miroir

    Il m'a fallu apprendre mot par mot la vie

    Comme on oublie

     

    Je t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne

    Pour la santé

    Je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion

    Pour ce coeur immortel que je ne détiens pas

    Tu crois être le doute et tu n'es que raison

    Tu es le grand soleil qui me monte à la tête

    Quand je suis sûr de moi.

     

    Paul Eluard, Le Phénix, 1951


    votre commentaire
  • Ne lâche pas ma main de Michel BussiAprès Gravé dans le sableUn avion sans elle et N'oublier jamais, parlons d'un nouveau roman de Michel Bussi prêté par ma maman.

     

    Quatrième de couverture : Un couple d'amoureux dans les eaux turquoise de l'île de La Réunion. Farniente, palmiers, soleil.Un cocktail parfait.Pourtant le rêve tourne court. Quand Liane disparaît de l'hôtel, son mari, Martial, devient le coupable idéal. Désemparé, ne sachant comment prouver son innocence, il prend la fuite avec leur fille de six ans. Pour la police, cela sonne comme un aveu : la course-poursuite, au coeur de la nature luxuriante de l'île, est lancée.

     

     

     

    Ah ça donne envie ! Michel Bussi réussit ici à nous donner envie de voyager et de découvrir cette île paradisiaque autant pour ses paysages qu'il décrit à merveille que pour ses mets, ses alcools, sa culture et son savoir profiter de la vie, être à la cool.

    Pourtant, tout tourne au cauchemar quand Liane s'évanouit dans la nature. Son mari semble déboussolé mais les preuves s'accumulent contre lui, les témoignages aussi.

     

    Est-il coupable ?

    Est-il innocent comme le prétend la quatrième de couverture ?

    Avec Bussi rien n'est évident. Il va donc falloir au lecteur beaucoup de patience....

     

    En attendant, on suivra avec engouement tout autant la cavale de Martial et de sa fille dans les montagnes réunionnaises que les enquêtes du capitaine Aja Purvi et du sous-lieutenant Christos. Si Aja est une fille de l'île, Christos est un blanc qui est fou amoureux d'une Réunionnaise qui a cinq enfants de trois pères différents. Ils s'entendent bien tous les deux même s'ils n'hésitent pas à s'envoyer leurs vérités à la tête. C'est ce qui va donner du corps à leur enquête car chacun aura ses intuitions, chacun suivra son flair, son instinct dans un même but : retrouver Martial et sa fille sains et saufs. La course-poursuite est lancée dans tous les sens. Les télés, les radios diffusent les portraits des Bellion, Martial et sa fille sont aux aguets, obligés de se cacher sans cesse.

     

    Il n'y a aucun temps mort dans ce roman et j'adore ça, être tenue en haleine. Les informations sont délivrées petit à petit, on a le temps de se faire notre propre opinion, d'émettre nos hypothèses et de les déquiller au fur et à mesure. On a de la tendresse pour les deux gendarmes et de la tristesse pour la petite fille qui réclame sa mère avec ardeur. Seul bémol, le pot-aux-roses est balancé un peu trop rapidement à la fin et le duel est trop gros à mon goût... Je vous laisserai vous faire votre propre opinion... Bonne lecture haletante !

     

    Extrait :

    - Je... je m'excuse de vous avoir dérangée, capitaine. Je me doute que, pour la gendarmerie, une telle disparition peut apparaître très... très banale... Mais... mais comment vous dire... Pardonnez-moi, capitaine, je cherche mes mots... Derrière les apparences... il... il y a...

    Aja adopte une pose compatissante pendant que Martial essuie son front trempé avec un pan de sa chemise ouverte. En une seule phrase, Bellion s'est déjà excusé deux fois. Elle trouve étrange ce sentiment de culpabilité, d'autant plus qu'il contraste avec son allure de beau gosse, ces pectoraux impeccables en transparence sous sa chemise Blanc du Nil. Pourquoi se sentir à ce point coupable ?

    Bellion aspire une bouffée d'air à battre le record du monde d'apnée, puis se lance d'un coup :

    - Capitaine, je vais m'y prendre autrement, ce sera plus simple. Je ne suis pas stupide, je me doute que tout le monde va penser que ma femme m'a planté là. Bien entendu... Les tentations ne manquent pas sur l'île. Ecoutez-moi capitaine, ce n'est pas le cas... Elle ne serait pas partie ainsi. Pas sans sa fille... Pas sans...

    Aja interrompt soudain les hésitations de Martial.

    - D'accord, monsieur Bellion. Inutile de vous justifier, nous allons faire tout ce qui est possible. Vous avez de la chance, Armand Zuttor est aux petits soins pour ses clients... Ici, la gendarmerie fait partie des services proposés par l'hôtel. Assurer leur sécurité, vous comprenez. Je vais enquêter sur la disparition de votre femme, je vous assure, avec toute la discrétion nécessaire....

     


    3 commentaires



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires